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NOTRE SÉLECTION DE POÈMES : Suzanne DRACIUS

Subnigra sum sed formosa


Te susurrerai-je en douceur que le cafard
N'a pas droit de cité sur ces bords,
Que, furtif, le ravet se faufile
En ces touffeurs enténébrées ?
Puisses-tu, s'il te tient, le tenir,
D'une semelle leste l'écraser :
Tu prends une odeur de whisky
Ni Black Label ni noble bourbon.
Fors le traumatisme d'abandon,
Le non-regard,
L'oubli de ton nom
— Ni black label ni noble Bourbon —
Fors la preste déréliction,
Émergeant de ce piètre whisky
Aux nauséabonds effluves
De musc et de ravet pilé,
En être que l'on n'a pas reconnu
Tu ne te reconnais pas non plus.
Monte, incantatoire, ta complainte :
Nigra sum sed formosa.
Quid de qui n'est que subnigra ?
Tu quémandes le regard de l'Autre
— Mais de quel Autre, au demeurant ? —
Pour appréhender que tu existes,
Piler le ravet d'un pied ferme,
Piler le ravet jusqu'au terme,
En ton métissage avancer.
En ton métissage exhaussé
Que monte, ô victoire, ton cantique :
Subnigra sum sed formosa.

Suzanne DRACIUS Poètesse martiniquaise
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Antonomase en temps de cyclone


Avec les flots bruissants de la rivière qui coule au fond
de ce jardin,
S'échappant, marronnant, fluette mais fougueuse
tellement
Jusqu'à la Pointe des Nègres — qui sait ? elle en a
l'impétuosité —
Exit la lycéenne scéenne en DS 21,
Femme pourfendue à la merci du moindre macho venu.
Existe, dans les tourbillons, les ondes bénéfiques,
cycloniques d'un vociférant hurricane,
Mordillé des dévorations d'érotomanes distingués,
Un palindrome salvateur de l'épéen guerrier de l'Iliade,
Le paradoxal pseudonyme si incroyablement gaulois,
en anagramme de cet homérique hapax.
Exit la moitié de moitié,
La mi-ceci mi-cela.
Existe la réappropriation d'un être dans son intégrité
— Sa totalité recouvrée,
Son entièreté assumée —
Pour qui toute discrimination positive est un oxymore,
Pour qui chaque récrimination légitime est tautologie,
Pour qui l'affirmative action n'est pas que figure de
style,
Pour qui le chiasme n'est pas qu'impure ou vaine
rhétorique
S'il est « peau noire, blanc dedans »
Ou « la peau sauvée, noir au fond ».
Entonnant en ces temps de cyclone
Une antonomase plus réelle qu'Hercule, Apollon ou
Vénus,
D'une palinodie plus qu'humaine,
Trois petits tours firent les Pléiades
D'onyx et d'albâtre, puis s'en furent,
Au nombre de sept, toujours.

Suzanne DRACIUS Poètesse martiniquaise
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Odysséenne


À Jacques Fusina

Roulent polyphoniquement ces chants
Sourdent gravement de tréfonds d'îles
S'ourlent jusqu'à ces rivages
Aux abords vagues
Y touchent, se meuvent…
D'un Polyphème courroucé
Se joue l'odysséenne malice
Mais tisse l'industrieuse audace
D'une île à l'autre
Métisse
D'île en île, oui
Par les salvatrices toisons
Crochée aux moiteurs laineuses de l'antre cyclopéen
Cascadant cavalcadant
Chiasmes
Allant encore et voguant de paysage en apaisement
D'idéal en dépaysement
Polyphémique
Du Poète s'étend le carmen
Amoebée le charme s'épand
Sous-tend passerelles par mondes et par mots.

Martinique, septembre 2006

Suzanne DRACIUS Poètesse martiniquaise
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Finiséculaire haruspice


On dirait que des ciels s'entrouvrent,
Non encore étales, pourtant,
Somptueusement neufs, au demeurant,
Et sereins, potentiellement,
Si finiséculaires, si fastes,
Si finimillénairement festifs
Pour de dextres envolées, de favorables auspices,
De multiples surgissements propices,
Hors des présages funestes.
J'optai pour que tous les ciels s'ouvrent, vastes
Et clairs, en nonante-sept.
Que calme et cirée s'offre à nous l'immensité océane
— Kalmisiré, pour de vrai —
En nous, pour nous et alentour, ad vitam aeternam.

Suzanne DRACIUS Poètesse martiniquaise
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Fantasmes de femmes



À Susanne Rinne

Il me plaît de chevaucher aussi
comme sur les fresques de Pompéi
à la Romaine, à l'Andromaque
Alors vous porteriez ma marque
Pour une femme aussi, grand plaisir !
Ainsi n'aurez-vous rien à redire
C'est comme ça que vous serez comblé
À faire toutes ces choses que vous dites
Au coq chantant
À l'infini
Toutes ces choses interdites
en théorie
comme on dit
Fantasme de femme
Après tout, qu'est-ce que l'on risque
à faire ces choses que vous me dites
si d'aventure nous le faisions
pourvu que nous le fassions
en douce folie
Car une femme debout d'aujourd'hui
ne sera pas pour autant maudite
Oh, comprenez combien j'hésite !
Quelle est cette pudeur féminine
Qui me retient aux abords
Je sais bien qu'il faut que j'évite
de faire ces choses que vous me dites
en malappris
en malfini
Croyez bien que cela m'irrite
que ce soient choses interdites
Maintenant c'est moi qui vous invite
en mélodie
en harmonie
Faut-il vraiment que l'on soit ivre
pour faire exulter nos chairs vives
Faut-il que longuement l'on dérive
en féerie
en barbarie
extrêmes dans nos emportements
autant que dans nos engouements
en frénésie
en malcadi
Ah ! Pouvoir chevaucher aussi
comme sur les fresques de Pompéi
à l'Andromaque, à la Romaine
à la rue d'Enfer à Saint-Pierre
juste au-dessous du volcan
sous la Pelée rue Monte au ciel
faire toutes ces choses interdites
en paradis
m'offrir toutes ces poses que vous dites
en mystique cri
Yé misticri !
M'offrir toutes ces poses interdites
et cric et crac
et cric crac
Non, la cour ne va pas dormir
Encore à corps et à cris
en hédoniste poésie
Philosophie
La philo !
J'ai pris l'envol
Et pis j'ai pris
Courir
Marronne en
Caribéenne épicurie

Martinique, 2003

Suzanne DRACIUS Poètesse martiniquaise
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Écrivaine martiniquaise, née à Fort-de-France, Suzanne DRACIUS a passé son enfance dans son île natale puis en Ile-de-France.
Professeur de Lettres Classiques à l'issue d'études à la Sorbonne, elle a enseigné à Paris, puis, de retour au pays natal, à l'Université Antilles-Guyane, et aux USA à l'University of Georgia et à l'University of Ohio en tant que "visiting professor".

ROMAN ET NOUVELLES :
"L'autre qui danse", roman, Seghers, Paris, 1989, réédition en poche éditions du Rocher, Paris, 2007.
Rue Monte au ciel, Desnel, Fort-de-France, 2003.
"Montagne de feu", nouvelle (in Diversité : La nouvelle francophone, collectif, 2è édition), Houghton-Mifflin, Boston, USA, 2000.
"De sueur, de sucre et de sang", nouvelle, éditions Le Serpent à Plumes (collectif , n° 15), 1992 ; au format de poche : 1995.
"La Virago", nouvelle (in Diversité : La nouvelle francophone, collectif), Houghton-Mifflin, Boston, USA, 1995.

POÉSIE :
Exquise déréliction métisse, poèmes, Desnel, 2008 (Prix Fetkann 2009)
Prosopopées urbaines (collectif, coordonné par), Desnel, 2006, incluant des poèmes inédits de Suzanne Dracius pages 73 à 83.
Hurricane, cris d'Insulaires(Prix Fètkann Mémoire du Sud/mémoire de l'humanité) (collectif, coordonné par), Desnel, 2005 , incluant des poèmes inédits de Suzanne Dracius pages 41 à 48.
"Negzagonal" et "Moun le Sid" (poèmes en version créole et version française), Éditions de Traditions et Parlers populaires de Wallonie-Bruxelles, MicRomania (collectif) n° 3, 1992 ; n° 5, 1993.

THÉÂTRE :
Lumina Sophie dite Surprise, fabulodrame, Desnel, 2005.

OUVRAGES JEUNESSE :
My Little Book of London / Mon petit livre de Londres (bilingue, en collaboration avec Samantha Barton - illustrations de Janko Floro), Desnel, 2008.
Fables de La Fontaine avec adaptations créoles et sources antiques (illustrations de Choko), Desnel, 2006.
Habitation Anse Latouche, la Vallée des Papillons (avec Pierre Pinalie), éd. Hugues Hayot, Le Carbet, 1994.

MISE EN SCÈNE :
Lumina Sophie dite Surprise, 1ère représentation à la Préfecture de Fort-de-France en 2000, pour la Marche Mondiale de la Femme (mise en scène de José Alpha).
Générale au Festival du Marin (2002), reprise sous le mécénat de TV5 à la cérémonie d'ouverture du colloque AATF (Association des professeurs de français américains) dans une mise en scène de l'auteure (Trois-Îlets, 2003).

COORDINATION D'OUVRAGES :
Memories, anthologie poétique (Nicolas Guillén, Langston Hughes et Jacques Roumain), préfacée par Alain Mabanckou, coordonnée par Suzanne Dracius, éd. Desnel, 2007.
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Poèmes publiés sur le site internet lemanoirdespoetes.fr