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NOTRE SÉLECTION DE POÈMES : Diana Irene BLANCO


Après l’innocence


Parce qu'elle n'arrive pas à fermer les poings
et pousser un cri les yeux clos.
La peine est un diamant brut enchâssé dans l'âme,
tranquille comme une vieille pierre au fond d'un lac.
Cependant, la rosée écrase de ses pieds trempés
la minceur de l'herbe géante
et entre les roses un soleil de verre brûle des colibris épuisés.
Il est même possible que quelque part dans le monde,
à cet instant même, le vol ponctuel des aigles
frôle la peau de Dieu.
La lune a écorcé les uniques lys
sur le seuil éveillé de mes mains.
Qui dit que je suis ici, abandonnée
comme une cathédrale sans voix,
envahie de miroirs infaillibles,
de chansons opaques.
Dehors, la vie traverse la rue les pieds ensablés
et secoue un masque de la main.
Quand la nuit ouvrira sa tulipe d'ombres.
Je rallumerai les lampes. Encore.
Après la douleur, après l'innocence.

Diana Irene BLANCO,
traduit de l'espagnol argentin par Maggy De Coster

Después de la inocencia


Porque no alcanza con cerrar los puños
y parir un grito con los ojos tapiados.
La pena es un diamante seco engarzado en el alma,
quieta como una piedra antigua en el fondo de un lago.
Sin embargo, el rocío aplasta con sus pies de agua
la alta delgadez de la hierba,
y entre las rosas un sol de vidrio quema colibríes apurados.
Hasta es posible que en algún lugar del mundo,
en este mismo instante, el vuelo exacto de las águilas
roce la piel ensimismada de Dios.
La luna anduvo descascarando azucenas irrepetibles
en el umbral desvelado de mis manos.
Que dicen que estoy aquí, deshabitada
como una catedral sin voces,
invadida de espejos infalibles,
de canciones opacas.
Afuera, la vida cruza la calle con sus pies de arena
y sacude un antifaz en la mano.
Cuando la noche abra su tulipán de sombras.
Despertaré las lámparas. Otra vez.
Luego del dolor, después de la inocencia.

Diana Irene BLANCO




Douce maîtresse


Comment dire à mes mains
que j'ai dû éteindre toutes les lumières
et faire de la caresse un ancien éclair.
Que j'ai dû dissimuler mon feu
pour qu'elles ne me volent pas les flammes.
Que j'ai dû m'abriter dans l'épaisseur
et lécher mes blessures, recoller les morceaux
de mon cœur dévasté.
Comment leur expliquer que mon sang
a dû être un papillon lent
sur les chemins fruitiers de mon ventre.
Que j'ai embrassé la chair confuse de mes jours
pour qu'ils ne me suppriment pas le temps des semailles.
Que j'ai bâillonné des mots pour qu'ils ne suivent
la trace de ma respiration.
Comment leur dire que je suis cette femme,
lointaine comme les feuilles lumineuses des peupliers,
forte et plurielle comme une vague.
Enfin, on s'appartient.

Diana Irene BLANCO,
traduit de l'espagnol argentin par Maggy De Coster

Dulce dueña


Cómo decirles a mis manos
que tuve que apagar todas las luces
y hacer de la caricia un relámpago antiguo.
Que debí esconder mi fuego
para que no me robaran las llamas.
Que hube de refugiarme en la espesura
y lamer mis heridas, juntar trozo a trozo
mi corazón devastado.
Cómo explicarles que mi sangre
debió ser una mariposa lenta
en los frutales caminos de mi vientre.
Que apreté mis días de piel confundida
para que no me quitaran el tiempo de la siembra.
Que amordacé palabras para que no pisaran
la huella de mi aliento.
Cómo decirles que esta mujer que soy,
distante como las hojas brillantes de los álamos,
rotunda y plural como una ola.
Al fin, se pertenece.

Diana Irene BLANCO




De simples résidents des miroirs


Nous fûmes les architectes d'une lune en travers
du fil des rêves,
les éclaireurs des primevères agglutinés,
les propriétaires absolus des jours sur mesure,
comme un nouveau vêtement.
Nous fûmes les inventeurs du feu inachevé,
toujours sur le dos du ciel presque comme un délire.
Le temps, innocent comme un couteau sans propriétaire,
nous avait nommés gardiens assidus des flammes,
exterminateurs de la tristesse déclarée indésirable.
Quelqu'un nous avait, en outre,
déclarés en état d'urgence.
Pour avoir les cœurs inondés,
les mains incendiées, les yeux insurgés.
Nous fûmes l'anti-métaphore de la mélancolie.
Nous sommes … de simples résidents des miroirs.


Diana Irene BLANCO,
traduit de l'espagnol argentin par Maggy De Coster

Tenues habitantes de los espejos


Fuimos arquitectos de una luna atravesada en el
hilo de los sueños,
los adelantados luminosos de apretadas primaveras,
los propietarios absolutos de los días que llegaban
a medida,
como un traje nuevo.
Fuimos los fundadores del fuego inconcluso,
del cielo siempre a cuestas casi como un delirio.
El tiempo, inocente como un cuchillo sin dueño,
nos había nombrado incesantes guardianes de las llamas,
exterminadores de la tristeza declarada indeseable.
Alguien nos había proclamado,
además,en estado de emergencia.
Por tener los corazones inundados,
las manos incendiadas, los ojos insurrectos.
Fuimos la antimetáfora de la melancolía.
Somos…los tenues habitantes de los espejos.

Diana Irene BLANCO




Jardinero en el alba


Vienes. Tú dispones la rosada complicidad
de los astros cuando la mañana baja
desnuda y casta como un durazno.
Mi cuerpo se mece, te adivina en un río de sábanas;
oye tus pasos que inclinan la hierba
mientras avanzas, lejos, todavía.
Gira mi boca en el sueño, brújula suave y carnosa,
y busca la música de tu blando sendero.
Susurra tu nombre, apenas, en la sedosa penumbra del cuarto.
Caminas, jardinero del alba. Caminas hacia el centro de mí.
Donde bebe colibríes de fuego mi ombligo de plata.
Vienes… te empapas de oro dulce entre las cabelleras del sol
y lavas tu cuerpo en el rocío que baja por las hojas en calma.
Al fin, toca tu mano la puerta de mi casa. Girasoles de luz
abren despacio las ventanas de mi cuerpo.
Entras. Y traes en la piel la fragancia del último bosque,
la húmeda inocencia de una flor de loto dormida en el agua.
La claridad de tus ojos entibia mis pies distraídos en la sombra.
Te acercas. En mi mejilla cavas un hoyo con tu boca fresca
y depositas la semilla de un beso.
Luego, rasgas con el vuelo de un pétalo la tela delgada del sueño.
Y me despiertas…
La sabia prudencia de tus dedos desciende
por los caminos ocultos de mi cara, donde espera
la boca, roja como una trampa.
Trepas las primeras torres de mi cuerpo.
Vences las malezas de mi pudor iluminado
y derramas, jardinero, las lenguas del sol ,
el olor salvaje del último bosque y el ardiente rocío
de las hojas encendido en tus manos.
Estalla, se enciende el jardín de mi vientre
como un dócil rubí en el alba.
Brilla tu pupila en el lago de mi alma.
Al fin, en la fragua de nuestros cuerpos
se apaga la dulce lámpara.

Diana Irene BLANCO


Jardinier de l’aube


Tu viens. Tu as la tendre complicité
des astres du petit matin nu et chaste comme une pêche.
Mon corps se berce, te devine dans une rivière de draps;
il entend au loin tes pas qui s’avancent en foulant l'herbe .
Ma bouche comme dans un rêve devient une boussole douce et charnue
cherchant la musique de ton sentier apaisant.
Elle chuchote ton nom, tu peines, dans la douce pénombre de la chambre.
Tu marches, jardinier de l'aube. Tu te diriges vers mon centre
jusqu’mon nombril d’argent que tu arroses comme des colibris de feu.
Tu viens … tu t'imprègnes d’or comme la chevelure du soleil
et tu te laves dans le calme avec la rosée des feuillages.
Puis tu frappes à la porte de ma maison. Des tournesols de lumière
ouvrent lentement les fenêtres de mon corps.
Tu entres. Et ta peau transporte le parfum du dernier bois,
l'humide innocence d'une fleur de lotus endormie dans l'eau.
La clarté de tes yeux attiédit mes pieds perdus dans l'ombre.
Tu t'approches. Tu creuses avec tes lèvres fraîches un trou dans ma joue
et tu y déposes la semence d’un baiser.
Ensuite, tu déchires le voile fragile du rêve comme un pétale volant.
Et tu me réveilles …
Avec prudence tu laisses tes doigts emprunter les chemins occultes de mon visage jusqu’à ma bouche qui comme une trappe rouge les attend.
Tu construis les premières tours de mon corps.
Tu vaincs les mauvaises herbes de ma pudeur illuminée
et, jardinier, tu répands le langues du soleil,
l'odeur sauvage du dernier bois et de la rosée ardente des feuilles, réchauffée par tes mains.
Le jardin de mon ventre explose, s’enflamme comme le rubis de l'aube.
Ta pupille brille dans le lac de mon âme.
Et dans la forge de nos corps
s’éteint la douce lampe.

Diana Irene BLANCO,
traduit de l'espagnol argentin par Maggy De Coster

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