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NOTRE SÉLECTION DE POÈMES : Monique LACROIX-TERRRIER


Sinistrée


Sinistrée, non rescapée,
J'en appelle au tribunal céleste,
Où se plaident les sentences perdues,
Où se jugent les amours perdues,
Les dégâts essaimés
Par une volonté non concernée.


Et pourtant, et pourtant, rescapée je le suis
Du gouffre abyssal et dévorant
Que nulle aube ne viendra éclairer.
Je demeure gangrenée de douleur
D'interminables blessures,
Sous un ciel à jamais sans couleur
Où son indifférence engloutit le temps.


Après tous ces lustres instables,
Mouvants et précaires
Je végète sur un terrain asséché,
Endurci, crevassé tel un roc indestructible
Où nulle douceur n'accueillera
L'éternelle condamnée.

Monique LACROIX-TERRRIER











Intarissable silence


Comment peut souffler le vent
Sans désir d'être ouragan ?
Comment peut respirer la vie
Quand l'haleine est en agonie ?


Ainsi quand s'éveillera le temps le temps exsangue
Dans le bûcher obscur de la terrible solitude,
Ne plus ouvrir la porte au matin imprévu
Sous l'aura du dernier soleil perdu,
Et laisser se déclore le calice noir
De l'immense et intarissable silence.


Décembre 2007


Monique LACROIX-TERRRIER

Moribond du sommeil


C'est l'hiver, et la ville hiberne
Sous les délires de la pluie
Où s'engloutit tout désir de vie.

Dans la nuit de cendre noire,
L'œil glacial et rond du lampadaire
Jette sa froideur lunaire
Sur l'ombre solitaire
Qui guette derrière la persienne
Un signe de cette lune faussaire.

Toupie immobile à l'angle de la rue,
Il fixe l'inconnu, debout, pris d'insomnie,
Ivre des ténèbres posant leur jugulaire
Sur ce moribond du sommeil.

Sa fragilité déchirante
Se délite sous la lumière
Intemporelle du réverbère.

Comme dans un blues assourdi
Il souffle sur sa vie
Sans parvenir à l'éteindre.

Monique LACROIX-TERRRIER



Rêve d'une sereine qui grignotte


Me vient l'envie d'une cocotte
Garnie de viande et de carottes
En complétant cette popote
Par une drôle de parlotte,
Où chacun devise et papote :
On ne mange pas, on grignote
Comme dessert une griotte.

Les mots s'entassent dans la hotte
Ils tombent quand elle cahote
Et j'en remplis toute une botte.


Me poursuit comme une marotte
un amusement qui me trotte
de devenir un don Quichotte,
son idéal d'amour zélote
dans un humour qui ravigote.


J'irais bien dans une roulotte
A dérouler des anecdotes
Comme s'en racontent les potes
Pendant que leurs femmes tricotent.

Ecoute ce qui se chuchote
Quand les amoureux se dorlotent,
Rêvez que c'est vous qu'on bécote,
Quand au soir la lune tremblote
Au fond de la chaude cocotte


Monique LACROIX-TERRRIER



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