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NOTRE SÉLECTION DE POÈMES : Mairym CRUZ-BERNAL

Poema para los hombres que he amado


La poesía es la única compañera
acostúmbrate a sus cuchillos / que es la única.
Raúl Gómez Jattin

Son las once y está oscuro
El intento de la noche en despejar mi desorden
El espacio de la soledad y el calor terrible de un día como este
No hubo ni una nube en el cielo
Cuando salí a pasear
El sol dialogó con mi piel
No estuve feliz
Pero la gente parecía encontrarse
La playa frente a mi casa estaba repleta
El paseo a ver el mar
esta esquina de mi vida
Discurre en mi memoria todo lo incompleto
Los papeles amarillos
El hombre que intentó pero no pudo llegar al fondo
Ya tan ido
Nada sucede y tal vez ese es el verdadero asunto
Todo en mi vida siempre queda suspendido
en el vértigo

Mañana empiezo otro comienzo
Con mi cuerpo a caminatas largas
Este deseo de ser otra
Tengo un poco de dolor en las manos
El hombro izquierdo atrofiado
Los senos caídos y acalorados
El pelo rojo indomable y larguísimo
Las uñas partidas y desiguales
La piel reseca
Y una mujer adentro sin ganas
De llegar a acuerdos con el mundo

No sé porqué siempre se me acercan los hombres equivocados
Hombres de bastones o cojos
Fumadores empedernidos
Jugando a la ruleta rusa
Hombres salvajes como los potros

Recuerdo la camisa de Juan con un boquetito de cigarrillo
Y fue eso lo que precisamente me sedujo
O el bastón de Víctor, bastón de mango de plata
Que usaba para cuando lo necesitara de verdad
Casi todos fumadores
Hombres ansiosos de boca con ganas de chupar a una
Hasta dejarte vacía y reventada
Niños que se te pegan a la falda y lloran toda la noche
Todas las noches
Pobres infantes huérfanos de madres
Bolsillos y ambiciones rotas
Vividores de ron y vino barato

No pensé que estabas tan enferma, me dijo el cónsul
Cuando supo que me dejé de aquel
El hombre que no dejaba de hablar
Hombres con otras mujeres han sido los menos
Nunca he sido amante de nadie
Y valga decir
Mujer de nadie
Y sin embargo he amado mucho
He amado la silueta de estos hombres desde la distancia
Ese andar rápido de lo indomable
El larguísimo monólogo del macho que llena tanto espacio
Y no me obligaba a hablar
He amado el sexo desenfrenado de mis treinta
Cuando no había un orín marcando territorio

He amado esas bocas hambrientas de mis bocas
Las miradas como clavos ojos con ojos
Los gritos
Tanto pájaro en desbandada
Debut y despedida
Sin chance para dormir toda la noche
Hoy que nadie espera y que nadie detiene
Cruzo el raro umbral de una mujer diferente
Un nuevo himen me cierra a la de antes
Y seré ahora quien me toca ser
A punto de despedirme
Habiendo rechazado la última cama de esta temporada
Llegan cuatro hombres nuevos con palabras y deseos
Hombres lejanos en tierra que hace frío
La de los treinta se ríe
La de los cuarenta sube los hombros y abre los ojos
La mujer vieja que seré dice ah ah no has terminado aún
Cuatro pájaros lejanos

Uno me invita a ver el cóndor en la tierra fría de los Andes
Otro me trata de usted en la tierra de amores infinitos
Otro exiliado de su patria desde su ojo de cristal me ofrenda
el mundo
Y el otro, escandinavo, de otra lengua, hace besar a las montañas
y dice que llegará para septiembre
Pero ahora he llegado a la hora del más alto erotismo
Del cuerpo reflexivo en el sendero de la palabra
La santa bendición del silencio
El mío corazón el sole mío
En ninguna patria habitado
A todos los hombres que nunca se acostaron conmigo
A los hombres poetas, los peores amantes que he tenido
Dedico este poema al poema hombre
Ahora que la poesía es mi única compañera

Mairym Cruz-Bernal



Poème pour les hommes que j'ai aimés


La poésie est une compagne unique
Habitue-toi à ses couteaux / Elle est unique
Raúl Gómez Jattin

Il est onze heures du soir et il fait sombre
la nuit tente de balayer mon désordre
La place de la solitude et la chaleur terrible du jour
Pas un nuage dans le ciel
Quand j'allais me promener
le soleil dialoguait avec ma peau
Je n'étais pas heureuse
Mais les gens se retrouvaient
La plage en face de chez moi était bondée
La promenade au bord de  mer
Ce coin de ma vie
Je pensais à tout ce qui restait  inachevé  
Les papiers jaunes
L'homme qui essayait mais qui n'avait pas pu atteindre son but
Il s'en est allé
Il ne se passe rien et c'est peut-être le vrai sujet
Tout dans ma vie reste toujours suspendu
dans le vertige

Je récidive le lendemain
Me soumettant à de longues promenades
Ce désir d'être une autre
J'ai un peu mal aux mains
L'épaule gauche atrophiée
Les seins tombants et échauffés
Les cheveux roux indomptables et très longs
Les ongles striés et inégaux
La peau desséchée
Et une femme repliée sur elle-même sans envie
D'être en accord avec le monde

Je ne sais pas pourquoi les hommes perdus m'abordent toujours
Des hommes à canne ou des boiteux
Des fumeurs incorrigibles
Jouant à la roulette russe
Des hommes comme des poulains sauvages

Je me souviens de la chemise de Jean avec une petite brûlure de cigarettes
Et c'était précisément ce qui me séduisait
Ou la canne de Victor, la canne au pommeau en argent
Qu'il utilisait au besoin
Presque tous les fumeurs
Avec le désir de boire ton suc
Jusqu'à ce que tu crèves
Des enfants qui te collent à la jupe et qui pleurent toute la nuit
Toutes les nuits
De pauvres enfants orphelins de mères
Des poches crevées et des ambitions brisées
Des profiteurs de rhum et de vin bon marché

Je ne pensais pas que tu étais si malade, m'a dit le consul
Quand il a su que je me suis laissé piéger
Par l'homme qui ne cessait de parler
J'ai aimé le sexe effréné de mes trente ans
Quand la rouille ne marquait pas son territoire

Pas d'hommes avec d'autres femmes
Je n'ai jamais été la maîtresse de personne
Et cela veut dire
La femme de personne
Et cependant j'ai beaucoup aimé

J'ai aimé ces bouches affamées de mes bouches
Les regards fixes
Les cris
Tant d'oiseaux à la débandade
Du début à la fin
Sans aucune chance de dormir de la nuit
Aujourd'hui que personne n'attend ne sonne et ne s'arrête
Je deviens une femme différente
Un nouvel hymen chasse celui d'avant
Et maintenant c'est à moi de jouer

Sur le point de prendre congé
Ayant plié le dernier lit de la saison
Quatre nouveaux hommes arrivent avec des mots et des désirs
Des hommes des contrées lointaines et froides
La trentenaire en rit
La quadragénaire hausse les épaules et ouvre les yeux
La vieille femme que je serai dit ah-ah tu n'as pas encore terminé
Quatre oiseaux venus de loin
L'un d'eux m'invite à voir le condor en terre froide des Andes
L'autre en terre des amours infinies, vouvoiement de rigueur
Le suivant, exilé de sa patrie, avec son œil en cristal m'offre
le monde
Et le dernier, un scandinave, parlant une autre langue, promet monts et merveilles
et dit qu'il viendra en septembre
Mais maintenant je suis arrivée à l'heure de l'érotisme absolu
Du corps réflexif dans le sentier du mot
De la sainte bénédiction du silence
Mon coeur mon sole mío
n'est habité d'aucune patrie

À tous les hommes qui n'ont jamais couché avec moi
Aux hommes poètes, aux pires amants que j'ai eus
Je dédie ce poème au poème homme
Maintenant que la poésie est mon unique compagne

Mairym Cruz-Bernal,
traduit de l'espagnol, Porto Rico
par Maggy De Coster


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