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NOTRE SÉLECTION DE POÈMES : Frédéric REY


LE ROM


L'accordéon matinal,
Dans ce wagon sans vie,
Egaye en rythme les survivants
D'un quotidien maudit.

"Le Rom ment, surtout ne donnez rien",
Disent les préjugeants,
"Il vole et il ment !"

Pendant ce temps, le Rom,
D'un sourire édenté,
Eclaire par courts instants
Le teint pâle des gens,
En interprétant La Môme,
Dans le train arrêté
à la station Ménilmontant.

"Le Rom ment.
Le DOM TOM,
Le tam-tam
Et même,
Le Rom mord",
Insistent quelques passagers blèmes.
Quel ramdam !

Le Rom qui manie l'instrument
Ment-il
Lorsqu'il me sourit ?
Car, paraît-il,
Si j'en crois des gens,
Le Rom ment !

En veut-il seulement à mon argent
- Quelques centimes éparpillés -
A rire si fort,
Ou le fait-il pour m'avoir vu attentif
Au néant de joie qui l'entoure ?

Dans le wagon bondé,
D'odeurs et de bruits,
C'est le seul qui sourit,
En reprenant les chansons d'antan
Qu'on n'entend plus que par lui.

Le Rom ment ?
Le Rom chante,
Le Rom m'enchante.

Frédéric REY

SUR LE CHEMIN


Sur le chemin des primevères,
J'ai soufflé sur les nuages.
Ils m'ont dit
que tu étais sage,
M'ont chanté
en vers
Des silos de fruits mûrs
Et ont déposé sur tes lèvres,
des baisers d'agrumes
aux senteurs de ciel.

Frédéric REY


NUIT


A l'orée du soir,
J'écris pour toi, Nuit,
Qui m'a élevé tant de fois
Jusqu'à toucher les étoiles
Depuis mon lit !
Je songe à toi
Si fort, que j'ai pensé
A prendre des béquilles,
Pour que tu ne tombes trop vite.

Nuit, je t'écris d'une main filante
L'autre pelote encore le jour
Qui s'abandonne, pressentant l'obscurité.

Je me rappelle tous ces mots
Qu'on ne dit que la nuit,
Car le jour vrombit déjà de tant d'échos !

Et quand tout semble dormir
- C'est la fierté de la Lune (!)
Aux lumières alanguies -

S'éveille l'étrange lueur de vie,
La tienne, nuit,
De femmes, nues,
D'hulullements
D'oiseaux, de nous
Et de poésie.

Frédéric REY

LE CHOIX DES MOTS


Regarde, un bateau,
Les migrants,
Mille enfants, l'oeil absent,
L'espoir indécent
Au gré des eaux.

Regarde,
Regarde au loin,
La misère affluer
Sur un radeau défait,
C'est presque un
Drame parfait.

Les migrants,
Par vagues de cent,
Voguent vers le néant,
Déchirant la mer
A la lumière de l'humanité.

Les ombres soufflent :
"Les migrants, les migrants, les migrants !"
La honte porte un nom :
"Les migrants !"
Ce nom navrant,
Donné par tous ces gens,
Qui remuent de l'air
Dans une télévision,
Devant des réfugiés
Qui espèrent,
Entre ciel et terre,
« Les lumières »,
Au soleil levant.

Frédéric REY


MA JAMBE N'EST PAS UNE CARTE POSTALE


Ma jambe n'est pas une carte postale
Elle s'est cachée sous des bas bleu opale
Et t'accompagne lorsque je descends la rue Vitruve
A la recherche d'un souvenir, d'une effluve.

Ma jambe n'est pas une carte postale
Elle brûle
d'être écartée dans la nuit pâle
Lorsqu'en mon âme tu chavires encore
Noyé dans les douceurs de l'été.

Ma jambe n'est pas une carte postale
Elle n'est qu'une vague bleu ciel dans les montagnes
L'odeur d'une chambre après la nuit blanche
Dans les draps de toi dénudés,
L'extrémité de mes hanches.

Ma jambe n'est pas une carte postale
Ni même un roman-fleuve
Ou une espiègle chanson d'automne
Ma jambe n'est la jumelle que d'une autre.

Ma jambe n'est pas une carte postale
Et si elle est plus vivante en toi que par mes pas
Et moins frissonnante sans tes mains sur sa peau
Elle est plus belle en moi que sous la plume d'une vandale.

Frédéric REY


JE COURS VERS TOI


Je cours vers toi par les mots que j'enjambe.
Je ralentis la vie pour tromper le temps, il me dévisage !
La terne réalité ne saurait trouver du sens à mon sourire contre le tien.
J'écris pour ébahir le néant d'un faux-semblant de joie, je cours vers toi !
Je fuis en riant les lendemains funestes,
Parce que je cours vers toi,
Par les mots que j'enjambe,
Quelques syllabes par-dessus les toits.

Frédéric REY
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