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NOTRE SÉLECTION DE POÈMES : Chantal PEUGNY


C'est le Mois de Mai


C'est le mois de Mai,
Depuis avril il pleut sur les fleurs
Et le printemps, une année encore
Refuse de laver le temps et mes blessures

Ah ! Quelle bonne saison pénètrera mon âme,
Chassera de ma tête ces bruits et ces chimères
Agités par des vents venus de si loin,
Qui ne me disent rien,
Qui m'ébranlent.

La pluie, toujours étrangère à mes peines
Fouette les bouquets du jardin dont les odeurs
Altèrent ma chair avide de fraîcheur,
Et les reflets fauves des giroflées traversent mon regard qui se noie
Dans l'ombre de la terre
Où s'égarent les voiles noirs des vieilles tristesses.

Qu'adviendra-t-il demain ?
Perdue ici entre les hommes et la pluie 
Sur ce chemin qui n'avance pas et retient
Dans ses traces grêlées
Mes pas lourds et durs
Jetés à la férocité de ma faiblesse.

A quand les grandes arches des arcs-en-ciel
Où l'esprit veille et se repose sur l'épaule d'un nouveau jour ?

Chantal PEUGNY Cliquer sur ce lien pour accéder à la page consacrée à la remise des prix 2007 du Manoir des Poètes



PERDUE


Perdue entre les hommes et la pluie,
Perdue entre la vie et le rire du rien
Je cours, je cours et ne sais où je vais.

Perdue entre l'espoir et la folie…

Mais, que dis-je.

Ne devient pas fou qui veut et la raison est cruelle.
Où poser le regard ? Le regard fou quémandeur d'espoir et de joie
Le regard fou que le moindre signe accroche
Et  transforme en prophétie.
Où poser le regard ?
Perdue entre les hommes et la pluie.

Entre la pluie et rien.

Les hommes m'arrachent des larmes et je pleure…je pleure…
Ce sont des hommes…
Je pleure mais c'est peut-être la pluie
Perdue entre les hommes et la pluie, entre les hommes et les larmes.

Suis-je devenue folle ?
Ma raison ne se reconnaît plus, elle a perdu son nom, elle a perdu mon nom.
M'a-t-elle quittée ?
Suis-je devenue folle sans m'en apercevoir ?
Et si  je l'étais, cette folie sera tuée.
Je serai tuée peut-être aussi, écrasées sans doute aussi, toutes deux, ma folie et moi.
Je suis partie, je suis ailleurs, je suis là, je ne suis plus avec eux
Mon corps est habité par d'autres noms, des noms nouveaux
Il habite d'autres lieux et des lieux transformés
Il a d'autres vouloirs
Qui ne sont pas ennemis, ce sont des tentations, des griffes d'intelligence qui me tendent les mains
Mon corps ne renonce pas à l'élévation
Laquelle, Où m'emmènera-t'elle ?

Je cours, je cours et ne sais où je vais
Je ne sais où poser mon regard pour reprendre des forces.

O mes yeux, mes yeux si beaux et si bons, désormais corrompus
Qui ne distinguent plus un homme d'un chien.
Qu'est il arrivé à ces miroirs devenus étrangers au Monde ?

Je suis seule ici,
Homme, homme, où es-tu ? Ne m'abandonne pas
Je t'appelle, je te nomme et tu ne me réponds pas. Ne t'appelles tu plus homme ?

Je ne distingue plus rien
Tout se brouille, c'est peut-être la pluie.
Soleil, où es-tu ?

Je ne sais plus où je suis, j'ai perdu toute connaissance, toute reconnaissance
Étrangère à ce qui m'a vu naître, étrangère à ce jour.
Le ciel alors, oui, le ciel. J'ose le ciel.


Ô beau ciel au sourire d'aurore
Que je ne vois plus, où es-tu ?
Je ne te vois plus et cependant je veux croire à ton existence
Tu vis encore puisque je me souviens
Où es tu ? Parti avec les hommes.
Ce n'est pourtant pas l'astre qui m'aveugle mais le manque de lumière
Et je suis ici, au milieu du jour. Ecrasée, entre la terre et un ciel que je ne vois plus mais que je pense.
L'obscurité m'asphyxie et je meurs. Pourrais-je mourir d'un manque de lumière ?
Je m'étiole, je me fane. Au secours
Qui m'assassine ?
Ah, voir celui qui me tue, qui tue ma vie ! Peut-on refuser cela ?
Qui m'assassine ?
Ce n'est pas moi. Non, ce n'est pas moi, ce ne peut être moi, j'aime trop la vie et ses couleurs
Elle le sait, elle ne tue pas quand on l'aime.
J'aime trop l'homme, et l'homme ne tue pas quand on l'aime
O, beau ciel où est passée ta couleur ? Où est l'homme ?
Souviens-toi,
Ta belle couleur qui se reflète dans les eaux du monde
Et verdit les regards humains, ces champs où poussent les herbes folles, messagères d'avenirs
Réponds-moi, où est passée ta couleur ?              Dissoute dans la pluie ?

Mais qui, mais qui ? Qui m'assassine
Qui assassine ma vie ? Qui m'écrase ici entre la terre et rien. Un rien si lourd.

Ciel, beau ciel au sourire d'aurore, je t'aime et veux t'aimer encore et te parler toujours
Ecoute-moi, entends-moi
Tu es un ciel d'homme, fais pour l'homme
Et je t'aime comme la maîtresse adore la bouche de celui qui la rafraîchit
O beau ciel au visage d'homme il me faut beaucoup de force pour vaincre
L'ombre et la froideur de la pluie
Tu es devenu comme ces hommes que je ne reconnais plus, un ciel d'homme qui n'accroche plus le regard des hommes.

Ciel au visage d'homme, je ne te vois pas, es-tu triste aussi
Pourquoi montrer autant d'indifférence ?   De pudeur peut-être ?

Ciel tant aimé, nous sommes l'un à l'autre
Et le moment est venu de parler.

Nul ici ne peut entendre et tu es tout à moi
Le silence partout
Et les années lumière qui s'éloignent toujours !
L'oubli qui règne ! La détresse, partout !
Un mal qui ronge l'os du Monde

Je te le dis, ciel au visage d'homme, si tu me vois dans les
Contrées de ton mystère.
Ce monde est bien étrange, et sauvage
Tout est renversé.

Des chiens à visage d'homme abondent dans nos villes
Et réduisent notre espace.
Ces chiens ont-ils des qualités humaines
Vont-ils remplacer ces hommes beaux et braves
Aux mains fines dans lesquelles coule la terre ?

Ces chiens à visage d'homme mordent, aboient,
Se contorsionnent
Parfois pour plaire.

Comme au cirque.

Combien de temps encore avant
Qu'ils ne deviennent ce que nous fûmes ?
Ou ce que nous aurions dû être ? Peut-être

O, beau ciel au visage d'homme
Ciel que j'aime, nous sommes tellement blessés
Les blessures s'ajoutent aux blessures
Ces blessures que nous chérissons puisqu'elles sont notre chair.
Ces blessures que nous haïssons parce qu'elles nous sont étrangères.

Qui m'assassine ?

Ciel à corps d'homme
Je suis un être humain et fais partie de la communauté des hommes
Et je veux croire encore, tout simplement à la pureté
De ta lumière,
À l'intelligence accordée au regard des hommes.
Je m'étiole, je fane, bientôt sans lumière et sans vie.
Comment faire, comment faire pour ne plus mourir ainsi écrasée ?

Grâce

Que ma mort  s'accomplisse dans les règles de l'art
Qu'elle soit conforme à la vie
À ce qu'un homme est en droit d'attendre de la vie.

O ciel
A visage d'homme qui porte ton empreinte
Pourquoi vivre maintenant dans ton souvenir
Je ne sais comment te parler
Je ne sais comment montrer ma détresse
Je ne sais comment aborder les choses pour me faire comprendre
Parce que je ne sais plus me faire comprendre
Parce que je ne comprends pas ce qui est arrivé
Ce qui m'arrive
Ce qui nous arrive parce que je ne suis pas seule avec ces choses là
Ces mauvaises choses
Qui font si mal ! Ces blessures étrangères.
Si dures, si terribles, si injustes et si bêtes aussi.
Et la bêtise est tellement blessante ! L'orgueil tellement malade qu'il assassine. Qu'il écrase.

O ciel, que de craintes et de peurs
Que de rages aussi ! De rages impuissantes qui font mal aux dents
Et que de souffrances qui inclinent ma raison et attisent ma colère, mes mauvais sentiments
Et ces sentiments là O cieux, je n'en veux pas
Pourtant ils doivent bien sortir de mon corps, de nos corps
Ils ne peuvent rester en nous, nous dégrader nous ronger, ce serait encore une injustice
O, comment vous rapporter ce mal invisible  qui dévaste l'intégrité
Comment l'exprimer pour que vous le voyiez. De l'acide ! C'est de l'acide !!

Sachez que je vous dis la vérité
Que je ne vous ai jamais menti
Comment pourrais-je mentir aux cieux ? Et pourquoi

Pourquoi cet abandon ?
Qu'avons-nous fait ?
Que n'avons-nous pas fait ?
Qu'avons-nous oublié de faire ?
Que n'aurions-nous pas dû faire ?
Qu'avons-nous mal fait ?
Que n'avons-nous pas compris ?
Que n'avons-nous pas aimé ?
Assez ou mal aimé ?

.
Ces chiens ont-ils des qualités humaines ?
Je te le demande une fois encore et je veux une réponse.

Je vois bien que face aux chiens l'homme redoute parfois à montrer visage d'homme.
Que craint-il ?

Homme,
Terrasse le chien !
Ecrase-le de ta beauté !

Tu reverras le ciel.

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L'ETRANGERE


Elle est apparue, l'étrangère au fond du miroir
L'oeil perdu sur un souvenir blanc
Au seuil de la maison.

Le silence opaque qui ferme la porte
Chuchote sur la lèvre brutale des métamorphoses
Tandis que le balancier des danseurs taille
La jupe du temps.

Les fenêtres ont brisé le jour et oeuvrent
Dans les greniers de l'âme
Qui se plie au ciseau universel
Mais en versant des larmes
Aux reflets cruels qui dansent.

Au fond du miroir l'oeil roule
Au bord des ravins blancs
Où d'étranges questions se balancent.

Qui es-tu ? Je suis toi. L'Etrangère.

L'oeil cherche et rencontre le regard
Au fond du miroir.

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