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NOTRE SÉLECTION DE POÈMES : Samaël STEINER


VARIATION POUR AIMÉ CÉSAIRE


Il y a des volcans qui se traînent
des volcans attentifs
des volcans amoindris qui n'ont qu'un peu de feu pour éloigner les fauves
des volcans comme des arbres souterrains
qui fleurissent avec colère

Il y a des volcans réciproques
qui hurlent aux mêmes heures
sous les mêmes étoiles
des volcans comme des troupeaux buvant aux mêmes océans

Il y a des volcans de tristesse
dont les poches sont vides
des volcans immortels au front bavard
des volcans sans fatigue
et d'autres terrassés

et il y a ces volcans de quelques jours à peine
que les colères du peuple enflent de siècle en siècle
et dont la bouche prospère
chasse les certitudes.

(Extrait de : Un jour, bien que nos souvenirs soient une voile plus loin que l'horizon (…) Automne 2009)

Samaël STEINER



Ce soir,
le ciel est vide,
grand, grand,
grand mais vide,
grand comme un mât de montagne
grand comme un océan
grand comme 100 000 femmes et hommes allant par la même route
grand comme le cris du chacal
quand les premiers vents de l'aube effacent les traces
grand, grand,
grand comme les tutti quanti
comme les bateaux aux yeux plus gros que la coque
qui croulent et qui craquent sous la marchandise
comme cette esclave, cet ouvrier et cette autre là bas
qui se lèvent et disent ensemble : nous voulons nos droits !
grand comme l'espoir
grand, grand,
le ciel est vide
ce soir
grand, grand,
grand mais vide
parce qu'il n'y a pas de lune

(Extrait de : Sur la plage de Marseille où André Benedetto est venu jouer sa Médée pour (…) Hiver 2009)

Samaël STEINER



Tout à l'heure je serai sur la pointe friable, au bout du bout de la côte.
Je regarderai l'Océan déraciner des arbres de sable, des arbres centenaires, qui
depuis des centaines se déracinent plusieurs fois par seconde,
avec toujours des yeux pour l'aventure.

Tout à l'heure j'aurai fini de traverser le marais,
j'en aurai fini avec cette route qui va sans aller,
qui se traîne et crache des ombres aux tournants.

Tout à l'heure je serai à cet endroit de la côte d'où les vagues, entre elles,
paraissent un attelage de bœufs,
et je regarderai les bêtes toutes d'écume,
labourer les sables éteints.

Tout à l'heure il sera tard.
Les mouettes mangeront les dernières minutes agitées dans le soleil et le cri de la terre que le jour quitte, s'élèvera de toutes les issues,
comme une clameur de fête.

Tout à l'heure, arrivé à cette place haute,
en surplomb de l'océan,
je regarderai rentrer les bateaux fatigués, comme des chiens qui ont couru le vent.
Je regarderai le vent traverser l'air, les cheveux et les doigts de pieds déjà plein de sel.

Et lorsque les rocs irascibles se mettront à chanter, lorsque les arbres se prendront pour les phoques et se mettront à marcher droit de côté,

j'y serai,
debout,
les yeux ouvert à l'étranger.

J'y serai
sur l'aile friable,
à la pointe de la pointe,
au dernier caillou de la côte,
que l'ombre de l'oiseau peut, à elle seule,

recouvrir.

J'y serai.

(Extrait de : Textes par trois – Printemps 2010)

Samaël STEINER

Eclairagiste (formé à l'ENSATT de Lyon) et auteur, à la fois pour le théâtre, la poésie et récemment les enregistrements radiophoniques, Samaël STEINER travaille l'écriture.
D'abord influencé par les œuvres de J. Giono, V. Maïakovski et S. Beckett, sa rencontre et sa collaboration avec l'auteur, acteur et metteur en scène, André Benedetto, est décisive, autant pour le théâtre que pour la poésie.
Dès lors son travail s'oriente autour de deux aspirations, celle d'une poésie politique, d'une part, et celle d'une écriture matérielle, d'autre part.
Il a fondé, à Strasbourg, une compagnie de théâtre, "le petit théâtre du GRAND ŒIL", et a réalisé plusieures pièces de théâtre ainsi que quelques courts et moyens métrages.
Il s'est lancé dans l'organisation d'un festival pluridisciplinnaire artistique, "le Festival Petite Patte" dont la première édition a vu le jour en juin 2005.
Il a également mis en place, au sein de la troupe, un "Laboratoire d'Analyses et de Recherches Théâtrales" (L.A.R.T) qui a travaillé, principalement, autour de ses textes, avec le désir d'arriver à porter, sur scène, la poésie.
En 2008, il participe aux lumières du projet Sombrero(s) de chanson expérimentale mené par le musicien, sonoriste et bruitiste Marc Arrigoni.
Ce projet cherche par la mise en son et en voix des textes, à rendre la poésie au corps, à en faire "la proposition d'une aventure".
Poète et éclairagiste, il mène de front ces deux activités, qui s'enrichissent, ainsi, l'une comme l'autre, d'une pratique étrangère.
Dans son travail, il cherche à mêler la poésie, autant qu'il est possible, aux arts vivants, pour l'éprouver, de vive voix, voire la clamer, haranguer...
Il travaille actuellement avec Xavier Bonillo sur une forme liant textes et sons, sans que l'un accompagne l'autre, comme deux instrumentistes qui joueraient ensemble.
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