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NOTRE SÉLECTION DE POÈMES : Clara MOHAMMED-FOUCAULT

Sept vautours blancs


Quand Vénus à l’écart dans sa gloire fleurit,
Surplombe le croissant, trophée d’or dans la nuit,
Je m’arracherai net à ces rets et filets
Pour fuir le mauvais œil à l’affût, aux aguets,

Aux pics silencieux, royaumes du rapace,
Où errent des esprits aux portes de la grâce :
L’ermitage marin emmitouflé de lierre—
Refuge du lépreux, un antre, un sanctuaire.

En ces lieux désolés, grands froids, faim, maigre chère,
Habits de bure, feux, veillées, encens, prière
Matent le mauvais œil, ses sous-fifres, ses gens,
Entravent tout assaut de ses piètres suivants.

J'y palperai l’orpin, l’oseille, l’ancolie,
La phléole des prés, l’oyat, le génépi ;
Tignasse au gré du vent, fin succube calleux,
Je transirai d’effroi tout intrus curieux :

Qu’il suive son chemin, l’œil clos sur l’interdit—
Une âme qui repeint les arcs-en-ciel en gris,
Treize ombres à midi sur un cadran solaire,
Sept vautours blancs perchés sur la tour funéraire.

Clara MOHAMMED-FOUCAULT



Notre complainte


Rayonnant sous des soleils aveuglants,
         Cuivrés par les bises de l’océan,

Nous déchiffrions les énigmes de l’univers
         Dans une voûte brochée de fils d’or stellaires,

Entendions des ombres se lamenter,
         Psalmodier soûtras, oraisons et Avé,

En pleurant l’étranger, le faible, le jeune, le mourant,
         Le sourd-muet, le soldat, le mort-né, l’innocent.

§

Emerveillés par l’aréquier, les épis du balisier,
         Le chardon bleu, la mauve musquée,

Cannelle et quinquina, grenadille et cardamome,
         Les vrilles des lianes enlaçant écorces et rhizomes,

Nous cueillions dans les cépées de la savane
         Des pousses d’amarante, d’ivraie, de bardane

En nous aspergeant des senteurs enivrantes
         Des méandres argentins des glaces fondantes.

§

Puis survinrent les ténèbres, une nuit sans fin,
         Amenant l’oubli, sans espoir de regain ?

Survint le ressac des mers et océans,
         Fendant terres, berges, et continents?

Survint une saison sèche non suivie de pluies,
         Hâtant l’agonie des tritons et colibris ?

Survint la fonte des glaciers et banquises,
Submergeant les bornes et les rives conquises ?

§

Survinrent les courants et les vents contraires,
         Balayant nos empreintes dans l’argile des rivières ?

Survinrent les volcans, crachant soufre et cendres,
         Rasant toits, hameaux, maquis et landes ?

Survint sur les sommets un ballet d’avalanches,
         Condamnant la floraison des perce-neige et pervenches—

Contez notre naufrage en mille arabesques,
         Chantez-le en accents de romans chevaleresques.

§

Seule perdure dans la nuit notre complainte
         Qui sourd du tréfonds de nos âmes éteintes :

Complainte de l’unité brisée,
         De la fission d’un monde singulier?

Seuls demeurent un semblant de rêve
         Comme une promesse non tenue de sève,

Les sanglots d'une bernique à la dérive sur la grève
         Aux confins des gouffres où les vents se lèvent.

Clara MOHAMMED-FOUCAULT



A la brune


Dans les sables des dunes,
        Devine mon passage,

A la neuvième lune,
        Evoque mon visage,

Un jour, à la brune,
        Tu verras un présage.

§

Sous les gouttes de pluie,
        J'entends déjà l'aubade,

Dans le mystère de la nuit,
        Nous jouerons aux charades,

Devant ces roses flétries,
        Mon cœur bat la chamade.

§

Dans la douceur du vent,
        J'entendrai tes soupirs,

De charbons ardents,
        Rallume un souvenir,

Dans les nuages d'argent,
        Je lirai l'avenir.

Clara MOHAMMED-FOUCAULT



Tamaris


Je retourne au désert cueillir du tamaris
Dans ces sables de feu adoucis d'oasis :
Mes rêves en lambeaux, d'une allure de gueux,
Je flotte dans le vent, épouvantail frileux.

Mes ailes plient déjà comme un drapeau en berne,
Pour couche je choisis l'abri d'une caverne—
Mais regarde, à minuit, les astres scintiller !
Une lune monter et moirer les palmiers !

J'allume des foyers de brindilles d'armoise—
La craie de mes parois qu'au matin je pavoise
De galles et d'oursins, de nautiles, de graines,
Signera mon passage en ces saisons lointaines.

Hier des songes roses exhalaient des parfums,
Nos rires argentins surprenaient les lutins,
Le cresson fleurissait au bord des ruisselets,
Dans le ciel pointillaient dix mille sansonnets.

Ici ne s'entend plus l'écho de nos idylles :
Nous ne craignions alors ni les rois ni l'exil—
Si jadis l'arc-en-ciel régissait notre vie,
Des stryges s'acharnaient contre nous sans répit.

Et depuis nos adieux, nous parcourons le monde,
Nous laissant dériver sur la crête des ondes :
Le chagrin a ôté à chacun le sourire,
Mais dis le mot magique et rends-nous l'élixir.

Clara MOHAMMED-FOUCAULT

Clara MOHAMMED-FOUCAULT est née à Trinidad et réside en France.
Elle a été professeure de littérature française à l'Université de Nairobi et fonctionnaire du BIT à Genève.
Elle a publié de nombreux poèmes dans des revues françaises et un recueuil en 2016 : "Soupirs du récif" aux Éditions les Poètes français.

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